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Plaidoyer pour les OGM

Je ne connais aucun argument
scientifique valable contre les OGM.
Jamais les OGM n'ont causé le moindre
mal de tête, ni la moindre allergie.
Klaus Ammann
,
in Die Weltwoche. Nr 38, 2002.


Les OGM n'ont jamais tué personne
Claude Allègre,
France 2, 21 novembre 2002.

Certains verts sont allés jusqu'à la destruction de restaurants fast-food en France, ou la destruction de machines agricoles ou de récoltes en Angleterre et en France. Au Luxem-bourg Greenpeace (Martine Holbach) a envoyé des lettres d'intimidation aux boulangeries leur demandant de bien vouloir «me communiquer la position de votre société en matière de denrées alimentaires issues du génie génétique».

Et pourtant les OGM présentent une utilité immédiate ou potentielle dans de nombreux domaines de l'alimentation et de la santé. Des médicaments sont produits par des bactéries génétiquement modifiées. Les plants de tabac pourraient produire l'hémoglobine. On peut également citer l'hormone de croissance et l'insuline. Une première mondiale en thérapie génique a été réalisée en France en 2000. Des enfants atteints d'un déficit immunitaire sévère ont pu sortir de la bulle protectrice dans laquelle ils vivaient.

En 1968 Paul Ehrlich écrivait : 'Le combat pour nourrir l'humanité est presque perdu. Nous ne serons pas capables d'éviter une famine dans les dix prochaines années'. En 1974 il insistait :' La catastrophe alimentaire submergera probablement l'humanité dans les années 80. Il a été créé une situation qui pourrait provoquer la mort par famine d'un mi-lliard d'êtres humains ou davantage'. Dans son dernier livre il continue à faire des prédic-tions semblables mais, plus prudent, il n'indique plus de date de réalisation.

Ehrlich ne fait que répéter Malthus qui lui non plus n'avait pas imaginé les gains de produc-tivité du monde agricole et qui, pour cette raison, essayait de justifier l'existence d'un sys-tème social avec une classe possédante bien nourrie et une classe de prolétaires crevant de misère. Du temps de Malthus il fallait 200 ares pour nourrir une personne. Aujourd'hui il en faut 20.

A chaque alerte de surpopulation l'humanité a su trouver des techniques nouvelles pour augmenter la production : les engrais azotés en 1920, la révolution verte des blés hybrides en 1960 et aujourd'hui les OGM.

Les OGM présentent à côté des augmentations de production, de nombreux avantages pour l'environnement. Un des avantages directs est que les fermiers doivent utiliser moins d'herbicides et de pesticides dont les résidus s'accumulaient antérieurement dans le sol et dans la faune. Pour des millions de petits agriculteurs chinois ou indiens le coton transgé-nique est une plante miraculeuse. Ils ne doivent presque plus acheter d'insecticides et malgré tout le rendement augmente.

Le Ministère de l'Agriculture aux Etats-Unis a calculé que sur les surfaces plantées de coton OGM l'utilisation d'herbicides et d'insecticides a pu être réduite de 21 000 tonnes en 2001. Les coûts de production des fermiers ont été réduits de 1.5 milliard de dollars et leur rendement a augmenté de 2 millions de tonnes. Ils peuvent également utiliser des herbici-des spécifiques à petites doses, au lieu des herbicides toxiques comme le sulfate de cuivre. L'épandage d'herbicides peut se faire plus tardivement dans l'année, longtemps après l'éclosion des œufs. Les oiseaux, les papillons et les fleurs reviennent dans les champs plan-tés d'OGM.

Les positions des associations vertes sont assez contradictoires à ce sujet. Le livre de Ra-chel Carson en 1962 était un pamphlet contre les pesticides. La modification génétique des plantes a souvent comme but d'y introduire des gènes qui rendent inutile l'utilisation de pesticides. Alors pourquoi lutter contre cette modification génétique ?

L'utilisation de plantes OGM permet de réduire la profondeur du labourage et les pertur-bations causées par le labourage dans la vie microbienne dans le sol. L'érosion des sols sera également beaucoup moindre. Sans dire que les fermiers ont besoin de moins de machines lourdes pour les travaux de labourage et d'épandage, réduisant par là même la consomma-tion de gasoil (31 millions de litres par an aux Etats-Unis)… et leurs heures de travail.

Actuellement 3% seulement de la surface de notre planète peuvent être utilisés pour la production de nourriture. Le reste est occupé par les océans, des étendues glacées, des déserts, des montagnes, des forêts, des villes et des routes. Pour nourrir la population mondiale actuelle par les méthodes de l'agriculture biologique, il faudrait. transformer en champs quelque 13 à 15 millions de kilomètres carrés de forêt vierge ou de territoires non exploités et occupés par des animaux et des plantes sauvages, soit une surface équivalente à l'ensemble des Etats-Unis et du Mexique.

Aussi étrange que cela paraisse, l'agriculture intensive et ses hauts rendements protègent donc les derniers refuges de la faune et flore sauvages de la charrue. La surface qu'elle exploite n'a pas augmenté. C'est là où les gens vivent dans une extrême pauvreté qu'ils défrichent et endommagent irrémédiablement la nature. Le bon sauvage dont rêvent les associations vertes était un prédateur et il était nomade parce qu'il devait chercher de nou-veaux terrains de chasse, d'élevage et d'agriculture parce qu'il avait épuisé les ressources des terres où il vivait pendant quelques années.(A) Et on veut de force nous faire retourner à ces techniques agricoles utilisées durant la Préhistoire et au Moyen-Âge.

Aux Etats-Unis 75 % des plantations de soja, 71 % du coton et 34 % du maïs sont aujourd'-hui des OGM. La surface agricole totale dans le monde sur laquelle poussent des OGM est aujourd'hui de 67 millions d'hectares (B), dont 44 millions sur le territoire américain . La Chine investit de grandes sommes dans la recherche de plantes OGM pour son agriculture. En 5 ans la production de coton transgénique est passé à 51% [C].

Seule l'Europe reste en marge de cette technologie. Ce retard n'aura pas seulement des conséquences économiques. Quelqu'un s'est amusé à calculer que si dès à présent 50 % des plantations de maïs, de colza, de betteraves étaient transgéniques, on économiserait en Europe 14 millions de kilos de pesticides et 2,5 millions des litres de gasoil pour les épandre sur les champs (et tant de gaz carbonique… !)

Et les risques pour la santé

Malgré l'utilisation extensive des OGM dans divers pays, et cela depuis dix ans, aucun cas de décès, de maladie, d'allergie n'est connu.

La Commission des Communautés Européennes [1] a publié le résumé de 81 projets de re-cherche concernant des aliments génétiquement modifiés, études qui ont coûté 70 millions d'Euro. Aucune étude n'a pu montrer un risque accru pour la santé. Bien au contraire ces aliments se révèlent plus hygiéniques et plus sains parce que leur mise sur le marché doit répondre à une surveillance très rigide. Les légumes «bio» sont souvent contaminés par des bactéries fécales, par des métaux lourds tels que le cuivre, ou par des moisissures. Aux Etats-Unis, à de nombreux occasions, des produits biologiques ont dû être retirés du mar-ché parce qu'ils étaient contaminés par des salmonelles, des listeria, des E.coli et avaient rendu des centaines de personnes malades (www.purefoods.org/other/health.html). Aucune étude par contre a pu mettre en évidence une valeur nutritive plus grande pour ces produits biolo-giques.

Certaines toxines telles que l'aflatoxine tuent chaque année des centaines de milliers de personnes en Afrique et dans le Sud-est asiatique. Seules les modifications génétiques de certaines espèces, telles que le maïs, semblent capables de rendre les aliments résistants aux moisissures et de réduire fortement la production d'aflatoxines par ces moisissures

En 2001 la Commission du Codex Alimentarius, qui est un organisme conjoint de la FAO et de l'OMS a déclaré (Communiqué FAO 10/44) que les OGM ne présentaient pas plus de risques pour la santé que les aliments biologiques s'ils respectaient les mêmes normes en contenus de substances toxiques.

L'organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré en août 2002 que les OGM ne pré-sentent pas de risque spécifique pour la santé (www.financialexpress.com 23 août 2002).

Le parlement suisse vient également de voter une loi qui permet de faire des essais de plantation [2]avec des OGM.

La Société Internationale de Toxicologie attribue aux OGM un degré de risque similaire à tout autre produit alimentaire nouveau mis sur le marché et pose à juste titre la question de l'utilité des prescriptions d'étiquetage.

Le 13 décembre 2002 l'Académie des Sciences des France a publié un rapport (RST13) qui déclare que toutes les critiques formulées contre les OGM peuvent être en grande partie écartées sur des critères strictement scientifiques et qu'une interprétation maximaliste du principe de précaution constitue un handicap pour l'agriculture européenne. Les OGM pou-rraient assurer la sécurité alimentaire des pays en développement. A la même date l'Aca-démie de Médecine affirme que les dangers des aliments transgéniques sont contrôlables

En mai 2003, la Royal Society, ou Académie des Sciences britannique déclare que les OGM ne sont pas plus dangereux pour la santé que les aliments conventionnels. La question fon-damentale est de savoir si les OGM peuvent causer plus de dommages dans la nature que les plantés modifiées par techniques de croisement classiques.

Le développement d'espèces plus résistantes ou plus productives peut en effet se faire, soit par sélection naturelle comme cela se fait depuis des millénaires, soit par la technologie gé-nétique. La sélection traditionnelle consistait à aller chercher dans des plantes apparentées des gènes supposés avantageux et que l'on introduisait par des croisements. L'homme fai-sait de la manipulation génétique, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le sa-voir. Les pommes de terre et les tomates que nous mangeons aujourd'hui ont été obtenues par croisement entre des espèces, dont certaines étaient très toxiques pour l'homme. Le génie génétique également ne fait qu'utiliser ce qui existe dans la nature, mais il va cher-cher les gènes utiles non pas dans une plante apparentée, mais dans une bactérie, par exemple. La différence avec la sélection traditionnelle n'est donc pas très grande

Le risque que les gènes se transfèrent à d'autres plantes est fort réduit et n'a pas pu être mis en évidence dans la nature. Les espèces «artificielles» produites à des fins agricoles, que ce soit par croisement ou par modification génétique, ont généralement un temps de survie très court dans la nature. Elles n'ont que peu de chance dans la lutte avec les mau-vaises herbes qui ont un potentiel génétique d'adaptation beaucoup plus grand.

Un risque beaucoup plus grand pour les espèces indigènes dans un pays déterminé est l'introduction d'espèces en provenance d'autres continents. Ne pensez qu'aux lapins qui prolifèrent en Australie, aux abeilles tueuses en Amérique et aux nénuphars américains qui polluent le fleuve Congo.

Ce qui en tout cas est incompréhensible c'est la lutte hystérique et farouche de certaines associations vertes contre les aliments génétiquement modifiés. Vouloir interdire la vente de poulets alimentés au soja modifié devient obscurantiste et contraire à toute preuve sci-entifique lorsqu'on prétend que les gènes de ce soja pourraient causer des problèmes de santé chez les humains après leur passage improbable sinon impossible à travers l'estomac des poulets.

Il est certain qu'une certaine prudence s'impose comme c'est le cas pour toute nouvelle technologie et que l'introduction dans nos régions d'espèces de mais qui augmentent encore plus les excédants alimentaires peut être critiquée, mais quand cette lutte contre les aliments génétiquement modifiés cause la perte de vies humaine elle devient amorale.

En Afrique où les fermiers ne peuvent pas se payer les pesticides, plus de 50% de leur pro-duction agricole devient une proie des insectes, des moisissures et des mauvaises herbes. Les OGM réduisent fortement ces pertes. Proposer à ces fermiers l'agriculture biologique maintient certainement un des piliers du développement durable: une sous-alimentation durable de millions d'Africains.

Deux chercheurs allemands ont pu mettre au point au cours de la dernière décennie une variété de riz qui contient plus de vitamine A et de fer, substances qui manquent cruelle-ment dans l'alimentation de millions d'êtres humains. Deux millions d'enfants meurent chaque année à cause de ces carences et d'autres perdent la vue à cause de ces mêmes carences. N'empêche, certains verts sont farouchement opposés à l'introduction, même gratuite, de cette variété de riz dans le sub-continent indien. «Aveuglés pares les gènes» comme dit la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 30 avril 2005. Ou encore comme dit Bill Carmichael du Yorkshire Post: «Qu'importe pour le militant de Greenpeace la mort d'en-fants de couleur, tant que lui grignote son Müsli sans OGM, la conscience parfaitement en paix».

La lutte de Greenpeace devient criminelle lorsque l'organisation arrive à convaincre les présidents du Zimbabwe et de Zambie de refuser le maïs offert gratuitement par les Etats-Unis pour nourrir les millions d'habitants de ces pays mourrant de faim.

Michel Serres, philosophe et historien, qualifie «d'obscurantisme pur et dur la destruction des cultures d'OGM et l'attitude de refuser à priori le résultat d'expérimentations précisé-ment destinées à répondre aux inquiétudes». Le prix Nobel de physique, Pierre-Gilles de Gennes a réussi à faire signer un appel contre l'obscurantisme qui prévaut sur les OGM.

Jean-François Revel dans Le Point du 17 octobre 2003 abonde dans le même sens: «Plu-sieurs centaines de savants français, dont deux prix Nobel, ont publié un communiqué pour déplorer le vandalisme de José Bové et de ses sbires Ces soi-disant amis des pau-vres se révèlent comme les plus hypocrites de leurs ennemis sous le prétexte mensonger de lutter contre les multinationales, alors qu'ils sont la plus nuisible d'entre elles».

Pierre Lutgen,
docteur en sciences
Luxembourg

NOTES :

(A) Le croissant fertile entre la Mésopotamie et le Liban qui a été à l'origine de nombreuses civilisations est aujourd'hui un désert. Et il a été désertifié par l'agriculture biologique intensive.
(B) Tom Schimmek, Die Zeit, 19 September 2002
(C) Le Monde Diplomatique, 2 juin 2003.

REFERENCES

[1]
Die Weltwoche, 25.10.2001.
[2] Q. Schiermeier, Nature, 419, 547, 2002.




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