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L'islam, religion de la tolérance

Essai par Pierre Lutgen

La fin de la guerre froide a provoqué un vide.

Il fallait trouver un ennemi de remplacement, surtout dans le cas de la vision mani-chéenne du monde des Etats-Unis (les bons contre les mauvais) et de leur messia-nisme civilisateur. L'Arabe et le musulman jouent aujourd'hui ce rôle, qu'ils soient fondamentalistes ou simples habitants d'un Etat du Moyen-Orient.

Pourtant le début du siècle passé avait connu une période d'engouement pour tout ce qui était arabe et oriental chez les Américains (Grace Dodge), les Anglais (Lawrence d'Arabie), les Français (Pierre Loti). C'était la période dite de l'«Orientalisme».

L'islam avait su, au cours des siècles, montrer de nombreux attraits pour les voya-geurs européens qui se rendaient en Orient.

L'ouverture d'esprit, la tolérance et la science étaient stimulées par les encourage-ments explicites du prophète, qui exhortait les musulmans à aller quérir la science jusqu'en Chine : «La quête de la connaissance et de la science est obligatoire pour chaque musulman, homme ou femme, du berceau à la tombe» ou encore «L'encre de l'élève est plus sacrée que le sang des martyrs» ou encore «Une journée consa-crée à la science est plus méritoire à Dieu que cent expéditions guerrières».

Le philosophe soufiste Ibn' Arabi reprend le même thème au treizième siècle «Sache que les gens d'Allah n'entreprennent d'errer sur la terre, parcourant les déserts et les rivages marins, que sous l'influence du goût dominant pour la société des hommes leurs semblables».

Le Coran est un éloge de la diversité, et la théologie musulmane est avant tout une théologie de la différence. «Voyagez !» ordonne le Coran, «allez à travers le mon-de» (XXX-43), «Arpentez-en les détours», (LXVII-15) . Le pluralisme des sociétés humaines doit être appréhendé dans le cadre d'une pensée de la différence. S'ouvrir à l'autre est un devoir impérieux. Point de solipsisme en islam. La pire calamité y est d'en être réduit à un isolement moral, intellectuel et social prolongé.

Le mythe de la femme pécheresse (I Epître à Timothée 2, 11-15) et l'opprobre atta-ché par saint Augustin à la sexualité sont bien loin des enseignements de Mahomet. Sans péché originel ni culpabilité, le rapport sexuel est censé rapprocher le musulman de Dieu. «En se mariant l'homme accomplit la moitié de la religion», dit un hadith.

Le système social proposé par Mohamed partait de l'idée que les hommes sont condi-tionnés de telle sorte par le Créateur qu'ils doivent vivre en groupe, afin de satisfaire l'ensemble de leurs besoins physiques, intellectuels et moraux : en bref, ils sont dé-pendants les uns des autres.

La tolérance dans ces conditions est un hymne à la création. Elle procède de l'émer-veillement de la conscience croyante devant la diversité de l'œuvre divine qui est profusion infinie et ouverte. «A chacun de vous Dieu a donné une Loi et un Chemin différents. S'il avait voulu il aurait pu faire de vous un seul peuple» (V-49). Ou encore « Il n'y a pas de contrainte en matière de foi» (X-99).

Cette ouverture d'esprit explique l'extraordinaire foisonnement de la philosophie et de la science arabe pendant les premiers siècles de l'islam. Nées et élevées dans le mépris du monde découlant du christianisme paulinien et augustinien, les populations du pourtour de la Méditerranée se trouvèrent soudain confrontées avec une doctrine qui niait le dogme du péché originel. Leur conversion ne fut pas une conversion à la pointe de l'épée.

A ces débuts la philosophie et l'image du monde de l'islam étaient tributaires des connaissances perses, indiennes, andalouses, égyptiennes, syriennes. Et par ailleurs ces peuples les accueillaient les bras ouverts pour échapper aux représailles de Rome contre les soi-disant hérétiques. Les premiers professeurs des savants arabes étaient des Nestoriens, les Jacobites, les Juifs. L'islam était à l'origine d'une brillante civilisa-tion et pour la première fois la science devenait internationale sur une large échelle.

La supériorité du savant sur l'homme seulement pieux est pareille à la supériorité de la pleine lune sur tous les autres astres. L'islam dit oui à l'intellect et non à l'obscuran-tisme, oui à la vie et non à l'ascétisme.

Un musulman n'entre pas en conflit avec les exigences de la vie spirituelle, s'il prend plaisir aux belles choses du monde matériel, car Dieu aime voir sur ses serviteurs une évidence de sa bonté. Les besoins physiques sont des forces positives, données par Dieu, et doivent être utilisées à bon escient.

L'hygiène fait partie de la foi. Les bains publics et le hammam sont un héritage gréco-latin. Le monde arabo-musulman l'a adopté et généralisé afin de vivre au quotidien les prescriptions religieuses concernant la propreté du corps, tenue comme étant d'essence divine. L'homme doit prier avec son corps aussi bien qu'avec son âme.

A Bagdad il y avait un hammam pour 50 habitants, à Cordoue un pour 80.

Le musulman donne une image bifide de son être-au-monde, moitié dogme et répé-tition, moitié irrévérence, curiosité, génie créateur. La religion requiert la répétition disciplinée de ses normes fondamentales, la science nécessite de la création et de l'invention. Al Mamoun, disciple des mutazilistes de Bagdad, professait que la raison est le moyen le plus sûr de parvenir à toute vérité, et que l'effort spéculatif personnel est un droit et une obligation. Il cite le Coran à l'appui : «Dieu voue au châtiment ceux qui ne raisonnent pas».

Le christianisme a longtemps été marqué par la soumission de la raison à la foi. Ce n'est qu'au 13ème siècle que les philosophes chrétiens (Thomas d'Aquin) ont parlé de l'indépendance de l'intellect et du dogme, de la foi et de la science et que Roger Bacon a commencé à faire des expériences scientifiques. Et c'est à travers l'Espagne et la Méditerranée arabe que l'Europe a repris contact avec Aristote, la culture grecque et égyptienne.

Dans la pensée coranique, les conflits de nature tribale ou raciale n'ont aucune place. Aucun musulman ne peut porter le glaive contre un autre musulman – chose qui est allègrement transgressée aujourd'hui, comme le sont par ailleurs les messages de paix et de non violence de Jésus. «Nous vous avons créés des mâles et des femelles, nous avons fait de vous des peuples et des tribus en vue de votre connaissance mutuelle, afin que l'humanité règne au milieu de vous» (Coran, XLIX, 13). Depuis 13 siècles, le pèlerinage à la Mecque, réunit des musulmans de toutes les couleurs de la peau, de toutes les langues et de toutes le couches sociales et renforce leur sentiment d'appartenir à une même communauté de foi.

Mohamed avant sa mort avait publié des chartes de protection des monastères en terre Arabe, et la survivance du Monastère de Sainte Catherine au Mont Sinaï jusqu'à ce jour en est une preuve. De larges communautés chrétiennes survivent au 20ème siècle en Irak, en Egypte, en Syrie. Enfants chrétiens, juifs et musulmans ont pu et continuent d'aller dans les mêmes écoles. Les communautés juives étaient souvent florissantes dans les pays musulmans, de Samarcande à Rabat. Ce n'est que la créa-tion récente de l'Etat d'Israël qui a conduit à la désintégration de ces communautés.

L'islam avait introduit des règles de conduite lors de conflits armés, longtemps avant la convention de Genève . «Si tu épargnes la vie de quelqu'un, c'est comme si tu avais sauvé toute l'humanité» ou encore «Que la haine pour un peuple ne vous pousse pas à l'iniquité (5.8)». Même Renan, qui n'appréciait pas particulièrement les Arabes, a du reconnaître que les musulmans traitaient les peuples conquis avec une indulgence inconnue jusqu'à eux.

«Tuer quelqu'un…. c'est tuer toute l'humanité» (V-32). «La guerre est toujours détestable. Vous l'avez en aversion» (II-216)

Le Coran parle bien de Jihad, ce qui ne doit pas nécessairement être traduit par gue-rre «sainte», mais plutôt par guerre justifiée (ou encore conversion intérieure). Car le Coran parle clairement du droit d'autodéfense : «Ceux qui se défendent quand on les traite injustement ou quand on vole leurs terres, ne méritent pas de reproche».

Toutes ces pratiques sont en flagrante contradiction avec les pratiques barbares des croisés qui ont tout massacré sur leur passage et transformé Jérusalem en un bain de sang, avec les pratiques de la Reconquista en Espagne ou encore de la rébellion grec-que contre les Turcs en 1821, où toutes les mosquées furent rasées, les musulmans massacrés, convertis de force ou expulsés.

L'islam est théologiquement protestant. C'est-à-dire que le musulman est théologi-quement habilité au libre examen des écritures sacrées. Cette liberté, dans le chris-tianisme, Luther ne va la réclamer qu'au 16ème siècle.

Le meilleur exemple ou résultat de cette tolérance était l'Andalousie de l'an mil. Les chrétiens avaient adopté la langue arabe pour leur liturgie et leur poésie, les juifs arabisés redécouvraient par contre l'hébreu. Averroes le musulman, Maimonides le juif et Abelard le chrétien ne voyaient aucun problème à chercher la vérité philoso-phique de l'autre côté des frontières confessionnelles.

La tolérance pratiquée par les musulmans en Espagne était tellement enracinée que même après la reconquête de Tolède par Alphonse de Castille en 1085 Espagnols et Francs continuent à vivre en harmonie avec les mozarabes, chrétiens attachés au culte liturgique en arabe, avec les mudéjars, musulmans demeurés en terre chrétien-ne et avec les juifs ayant fui l'intolérance en d'autres terres.

Ce n'est que Fernand et Isabelle qui détruisirent ce monde en expulsant les musul-mans et les juifs, en les convertissant de force ou en les massacrant. Est-ce pour ces raisons que le Vatican pense canoniser ces rois catholiques ?

Le Coran avait permis l'établissement d'un monde humaniste de Cordoue à Téhéran. Ce qui prouve qu'il n'y a pas de handicap structurel lié à l'essence de l'islam. Mais à partir du 12ème siècle, c'est-à-dire à l'époque où l'Europe prend son essor scientifi-que et technique, la rivalité devient militaire, des croisades à la Reconquista, et l'Islam se retranche sur ses positions.

De Bagdad à Paris, par Kairouan et Tolède

Par un long cheminement la civilisation grecque était revenue en Gaulle dévastée par 10 siècles d'invasions barbares.

Les Abassides de Bagdad, Haroun-al-Rachid et al-Mamun avaient fait de leur ville et de leur pays un jardin (dommage que tout cela ait été foulé par les bottes de Gengis Khan et maintenant par les tanks de Bush). Une bibliothèque publique appelée «Mai-son du Savoir» avait pour objectif de diffuser les connaissances et les sciences nature-lles. En 998 elle contenait 10 000 ouvrages. C'est de Bagdad que sont partis vers l'Andalousie les ouvrages traduits en latin.

Un peu plus tard le calife fatimide al-Hakim avait lui aussi organisé au Caire une bi-bliothèque où des rencontres étaient organisées entre juristes, médecins, traditiona-listes, astronomes pour enseigner toutes les disciplines scientifiques. Le chirurgien Ibn al-Nafis y fit d'importantes découvertes sur la circulation du sang, 4 siècles avant les découvertes des Servet en Europe.

Il y mille ans, les musulmans introduisaient de nouvelles méthodes d'expérimenta-tion, d'observation et de mesure. Al-Khwarzimi inventait l'algèbre, Al-Haytham écrivait les lois de la réflection et de la réfraction de la lumière ainsi que le principe d'inertie (600 ans avant Newton), Ibn Khaldun introduisait des concepts de sociologie politique, Al-Ghazzali le doute longtemps avant Descartes, Avicenne écrivait un traité de médecine de 318 pages.

L'Afrique du Nord joua un rôle de premier plan dans la transmission du savoir arabe à l'Europe médiévale, via l'Espagne et la Sicile. Fondée en 670, Kairouan devint la capitale de l'Ifriqiya. La cité, peuplée de plusieurs centaines de milliers d'habitants, vivait dans un exceptionnel climat de tolérance, et devint l'un des grands centres intellectuels de l'Islam.

En Sicile, la cour des rois normands de Palerme est un véritable creuset culturel. Sous Frédéric II elle devint un carrefour d'hommes, de produits et d'idées entre les civili-sations grecque, latine et arabe. Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire, parlait neuf langues dont l'arabe. En rapport constant avec les savants ara-bles, il expédia des questionnaires en Egypte, en Syrie, en Irak, au Yémen.

Tout au long du Moyen-Âge, l'Andalousie était une tête de pont vers le monde chré-tien. Ibn Rushd, notre Averroès, rédigea des commentaires sur les œuvres d'Aristote. On pourrait dire qu'il introduisit en Occident le principe du débat philosophique, en même temps que le médecin juif de Cordoue, Maïmonides.

Lors de la conquète de Constanstinople Mehmet II rassembla les documents grecs, latins et autres qui avaient échappé à la destruction et les plaça dans la bibliothèque qu'il fonda à l'Eski Saray.

Entre-temps Tolède était devenue chrétienne en 1165. Gérard de Crémone y tradui-sit en latin Aristote, Galien, Euclide, Ibn Sina. Albert le Grand et Thomas d'Aquin apprirent ainsi à connaître ces œuvres et à introduire pour la première fois en Occi-dent la distinction entre dogme et raison.

Mais depuis lors les deux mondes se séparent…

Depuis le 4ème siècle le christianisme s'était laissé embrigader par l'Etat romain : le dogme défini par Rome ou Byzance écrasait la foi et la science s'effaçait dans les brouillards du Haut Moyen-Âge.

L'islam, lui, a su résister pendant 7 siècles aux tendances doctrinaires. Puis les barbus sont arrivés. Et avec eux l'idée que le seul savoir utile était celui du dogme et de la doctrine. Et pourtant le prophète avait mis en garde contre eux : «O croyants, sa-chez que les prêtres et les moines écartent les hommes de la voie du salut» (IX, 34). Les tenants de la philosophie et de la science furent écartés, les chanteurs se turent, les danseurs se figèrent et les médecins se firent imams pour réciter de longs versets.

Jésus et Mohammed doivent se retourner dans leurs tombes quand ils voient l'inter-prétation que donnent à leur message les puritains et les intégristes. N'oublions pas qu'ils avaient donné au Dieu unique le même nom : Allaha en araméen et Allah en arabe, tous deux dérivés du Elohim juif. La forme la plus fondamentaliste de cet inté-grisme musulman est incarnée par les Wahhabites d'Arabie Saoudite. Leur arrogance et leur volonté de domination ne sont comparables qu'à celle de leurs alliés puritains américains qui prient également Dieu avant de lancer leurs bombardiers.

Le déclin du monde musulman dans le domaine des sciences devient évident quand on sait qu'aujourd'hui seulement 0.1% des articles scientifiques publiés le sont dans les pays arabes. Certains musulmans progressistes enragent à juste titre de voir l'Islam dépossédé des audaces d'une pensée scientifique et critique que, grâce nota-mment à Aristote, les philosophes musulmans avaient apportées à l'Occident. Il y a en effet un paradoxe à voir les traditionalistes dénoncer dans la pensée dite occiden-tale tout ce que cette dernière a précisément de l'Islam. Un signe d'espoir et de changement de société par est cependant le nombre croissant de femmes universi-taires qui d'après les statistiques de l'UNESCO était de 35 % dans les pays arabes, avec des pointes à 40% en Irak, 48 % au Liban et 50% en Palestine. Pour l'enseigne-ment secondaire, les Nations Unies indiquent que 87% des jeunes filles du Moyen-Orient et du Maghreb l'ont complété en 2000.

Car cet autre sujet de malentendu avec l'islam est la position de la femme dans la so-ciété. Avouons que pendant des siècles le rôle de la femme chez les juifs et les chré-tiens n'était guère plus enviable. Un voyageur belge, le comte de Renesse décrit ainsi la situation des femmes au Portugal en 1899. « On rencontre en ville peu de femmes portugaises. Elle vivent, me dit-on, à la mode orientale, séquestrées volontairement ou par habitude, derrière leurs balcons ou leurs moucharabiehs ».

Le Coran dit que Dieu, étant tout-puissant , n'a pas besoin d'un fils (de Dieu) comme un quelconque chef de tribu, pour perpétuer son nom. Les lignées paternelles ne sont pas indispensables pour la naissance de l'homme nouveau (Jésus). Une vierge mère suffit.

La tradition du voile est antérieure à l'islam, on en voit les premières traces dans les pratiques juives, puis chrétiennes. Saint Paul exige le port du voile pour les prières (1 Cor. XI, 5).

Dans l'Islam, réservé à l'origine aux femmes de la cour, ou encore aux femmes libres pour les distinguer des esclaves, le voile ne se généralisera que trois siècles après la révélation coranique, au temps des Fatimides d'Egypte. Dans la Thora et dans les épîtres de Saint-Paul, la femme est déclarée inférieure à l'homme et doit se cou-vrir. «La femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner» (Tim. 2-12). A Mohammed revient pour le moins le mérite d'avoir limité dans une société essentiellement polygame, le nombre de femmes à 4. Il a surtout essayé de gérer la répudiation, qui était le fléau des sociétés tribales patriarcales. Ce n'est que dans le Coran que l'on peut trouver des passages tels que «Celui qui a une fille et ne l'enterre pas vivante, ne l'insulte pas et ne la préfère pas aux descendants mâles, celui-là sera conduit par Dieu au paradis» Mais parmi les misogynes religieux, il ne reste aujourd'hui que les intégristes musulmans à habiller leurs femmes d'un voile d'excès et d'hypocrisie, comme s'il n'existait pas de juste mesure entre le string et le tchador. Mais reconnaissons que les costumes imposés aux femmes par la société bourgeoise victorienne ou catholique jusqu'à la moitié du 20ème siècle n'étaient guère moins stricts et pudibonds.

Comme dans la société occidentale où le christianisme avait de multiples facettes, de même dans l'Islam il y a des tendances plus joyeuses. Ainsi à Kaboul le quartier de Kharabat était pour les soufis et les mystiques le lieu de la pensée libre, où on brisait les tabous comme autant d'idoles. C'était aussi celui des plaisirs et des enivrements où l'on venait se délasser par la musique, l'alcool et les femmes, où l'on venait con-templer le reflet rubis de Dieu dans sa coupe de vin. Le grand poète Hafez, proche des soufis le dit bien:

«La bête qui ne boit pas de vin jamais ne sera homme
Dieu accomplit son œuvre, ô cœur réjouis-toi»

Et du côté hommes, la barbe des intégristes est une copie conforme de la barbe que devaient porter les chrétiens orientaux pendant des siècles. A Constantinople, vers l'an mil, on refusait de donner la communion à des hommes rasés.

Mais reste l'OPA de l'Occident sur toutes les valeurs culturelles : en somme nous disons que nos valeurs occidentales sont universelles et que les autres culturelles doivent copier nos technologies et notre système démocratique. Et l'oppression poli-tique devient humiliante.

«La vie d'un Palestinien arabe en Occident est décourageante. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d'impérialisme politique qui l'entoure est étouffant» (E. Said, professeur à la Columbia University, N.Y.) Pour les militaires israéliens il y a les bons Arabes (ceux qui font ce qu'on leur dit et qui sont des domestiques) et les mauvais Arabes (qui ne le font pas et sont donc des terroristes).

La plupart des préjugés contre les Musulmans et les Arabes datent du 19ème siècle. Renan déclarait publiquement que la race sémitique était inférieure à la race aryen-ne. Son disciple Gauthier prétendait que l'intelligence restait accrochée aux détails et était incapable d'esprit de synthèse. Les Orientaux sont perçus comme des masses grouillantes, dont nulle individualité, nulle caractéristique personnelle ne se détache. Pour Marx, ce sont des ombres muettes :  «Ils ne peuvent se représenter eux-mê-mes : ils doivent être représentés (par nous)». Chez Chateaubriand on trouve la première mention de l'idée que l'Europe doit enseigner à l'Orient ce qu'est la liberté : «La liberté, ils l'ignorent… Et si l'Orient n'est pas évidemment inférieur à l'Occident, il a néanmoins besoin d'être étudié et rectifié par lui».

Ces jugements n'en rendent que plus fort le scandale et l'humiliation que vit aujour-d'hui la société musulmane, qui se voit dominée par des hordes de militaires dont le culture n'est guère supérieure à celles de Gengis Khan et qui voit se développer en son sein le dogmatisme et le fanatisme.

Et l'image de l'ennemi que l'équipe de G.W.Bush nous propose ne correspond pas à la réalité. Une étude américaine récente (1) montre que les 382 présumés terroristes fichés par la CIA ne sont pas de jeunes arabes désoeuvrés et illettrés, célibataires et fanatiques, mais bien de jeunes arabes dont plus de 50% ont un diplôme universitai-re, plus de 50 % proviennent de familles aisées et «laïques», plus de 50 % sont mariés et ont des enfants. Ils vivent presque tous en Amérique ou en Europe, et non pas en Afghanistan ou dans les bidonvilles du Moyen-Orient.

L'amour est ma religion et ma félicité;
mon cœur est un pâturage pour les gazelles
et un cloître pour les moines.

Ibn al-Arabi 1165-124

Pierre Lutgen
Bachelier en philosophie thomiste

Notes

1. Pr. M.Sageman, University of Pennsylvania, “Understanding Terrorist Networks“, 2004.

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