
La dioxine innocentée !
Il est du devoir des scientifiques d'attirer
l'attention de la société sur les dangers
de l'écoradicalisme qui tend à se substituer
à l'évaluation scientifique des risques
Alfred Bernard
Les dioxines (PCDD) et les furanes (PCDF) sont une famille de produits organiques chlorés qu'on trouve partout dans la nature et depuis toujours, même en forêt vierge. On en trouve d'ailleurs plus dans les sols de nos forêts que dans les sols des zones urbaines [1]. Dans les sols de forêts en Rhénanie la concentration est de 10 à 100 fois plus élevée que dans les prés et les jardins [2,3,4] Les Suisses viennent de trouver la même chose dans leurs forêts [5]. Lors de la dégradation des feuilles et des branchages par des champignons sont générés des chlorophénols qui conduisent aux dioxines [6] . Les peroxidases bovines et celles du radis en produisent également C'est pour des raisons semblables que le sol autour des scieries de bois et autour des plateformes de compostage est riche en dioxines.
On a retrouvé des dioxines dans des sédiments japonais vieux de 8000 ans [7], en fortes concentrations dans des dépôts d'argile [8] aux Etats-Unis vieux de millions d'années, dans les momies des pharaons et dans des échantillons de sol datant du temps du Christ. On en trouvé en quantités importantes sur le site archéologique d'une ancienne fabrique de tuiles romaines à Dormagen en Allemagne. La présence des dioxines dans beaucoup d'argiles est d'ailleurs peu comprise. On a trouvé des concentrations allant jusqu'à 25 000 ng/kg dans des argiles naturelles en Amérique et en Rhénanie [9].
Les dioxines sont générées par les feux de forêt, les feux de cheminée[a], la fumée de tabac, les flammes de biogaz, les centrales thermiques et les barbecues, par les opérations de blanchiment et par les incinérateurs, par la décomposition de la matière vivante, par les installations de compostage et d'épuration des eaux, elles sont émises par les volcans, par les chauffages au mazout [10] et par les voitures. Les feux de forêt et l'incinération sauvage de déchets au fond des jardins en génèrent plus aujourd'hui que les incinérateurs de déchets équipés de filtres [11]. Et le feu de la cheminée au bois en génère dix fois plus que le chauffage au mazout [12].
Les concentrations de dioxines dans les aliments et dans le sol sont cependant extrêmement faibles, de l'ordre du milliardième de gramme par kg (ce qui correspond à un grain de sable dans un train de marchandises de 20 kilomètres), tellement faibles qu'il est très difficile et coûteux de les détecter. En plus dans les sols elles sont fortement liées à des particules d'humus, ou à des particules de suie, et donc peu biodisponibles. Des études faites à Bochum en Allemagne montrent que le sang de végétariens contient la même concentration en dioxines que celle de non-végétariens [13] ; également pour les habitants de régions rurales ou pour les habitants de régions où les retombées de dioxines sont très fortes [14]. Inexpliquée est également la forte concentration de PCB et de dioxines dans les tissus et le lait maternel des eskimos du Groenland [15] ou encore celle dans les sédiments côtiers du Queensland en Australie [16].
Le débat sur les dioxines a commencé avec l'accident de Seveso, dans le Nord de l'Italie en 1976 lorsqu'un kg d'un de ces composés s'est répandu dans l'atmosphère lors de l'explosion d'un réacteur chimique produisant des herbicides. Cet accident industriel avait causé une grande panique.
Des essais de laboratoire avaient en effet montré que les cobayes étaient extrêmement sensibles aux dioxines. Et on a extrapolé sur les humains et sur d'autres animaux. Mais il s'est avéré que ceci était faux et qu'il fallait par exemple 5 000 fois plus de dioxine pour affecter un hamster qu'un cobaye.
En 1987 le professeur A. Okey de Toronto, dans la revue Cancer Research, avait décrit le récepteur sur lequel chez l'homme se fixe la dioxine. Il avait trouvé que celle-ci avait une capacité de fixation nettement plus faible que chez certains animaux de laboratoire. L'espèce humaine ne semble pas être une espèce particulièrement sensible aux effets des dioxines. Aucun décès humain par intoxication aiguë à la dioxine n'a été constaté, malgré des nombreux et graves accidents à Seveso, Grenoble, Times Beach, Ludwigshafen, Bolsover, Amsterdam.
Mais la presse avait sauté sur ces informations parce qu'elles étaient d'excellentes nouvelles à sensation et permettaient de vendre plus d'exemplaires [17]. La dioxine est devenue le porte parole de la crainte que l'homme de la rue a de tous les produits chimiques. Le mal ainsi fait dans le public est difficile à réparer.
Les organisations écologiques n'ont pas raté le coche. Ce risque diffus, auquel l'industrie, l'éternel ennemi, participait était une aubaine pour inquiéter la population et ramasser des fonds. Les politiciens non avertis ont sauté sur le train en cours de route et font du catastrophisme leur fonds de commerce politique. Des scientifiques friands de subsides pour leur recherche ont mis de l'huile sur le feu.
L'interdiction du DDT est un autre exemple de ces hystéries collectives. Le DDT n'a jamais tué personne malgré les abus dans son utilisation et les épandages massifs après la dernière guerre. Mais son interdiction a conduit à une résurgence de la malaria et des centaines de milliers de morts, au Sri Lanka par exemple.
Nous sommes tous devenus plus pauvres dans ces faux débats. Au lieu de concentrer nos efforts sur des problèmes écologiques réels et d'éradiquer des maladies ou des risques dus à l'eau contaminée dans le Tiers-Monde et qui tuent des millions d'êtres humains par année, nous avons dépensé des milliards et supprimé des emplois pour essayer d'éliminer des substances chimiques probablement innocentes aux doses présentes dans l'environnement. La dioxine est un problème 'de luxe' que peuvent se payer les pays riches.
Aux Etats-Unis des lotissements entiers ont été détruits et les habitants relocalisés parce qu'on a trouvé des traces de dioxines dans le sol (Love Canal, Times Beach, Escambia). Mais toutes les études épidémiologiques faites parmi les anciens résidents de ces lotissements se sont révélées négatives et n'ont pu mettre en évidence des taux de maladies supérieurs à la normale. De même, il n'existe aucune preuve épidémiologique d'un risque de cancers au voisinage des incinérateurs, même des plus anciens [18]. Ceci a été confirmé par les travaux du prof A Bernard de l'UCL et plus récemment par des chercheurs japonais [19] ou des études françaies [20]. Mais voyons ceci en détail :
17 ans après l'incident de Seveso le professeur Pesatori [21] de l'Université de Milan publie les résultats d'une étude démarrée en 1983 sur les cancers induits par l'émission massive de la dioxine TCDD dans une zone densément habitée. L'étude a porté sur la population âgée de 0 à 19 ans. Le territoire étudié a été réparti en trois zones A, B et R d'après le niveau de contamination du sol en dioxines. Elle regroupe 2122 personnes pour la zone A (la plus polluée), 18115 personnes pour la zone B et 598 236 personnes pour la zone de référence R. Le nombre de cas de cancer était de 23 dans les zones contaminées A et B. Statistiquement il n'est pas supérieur à la normale, si ce n'est pour deux cas de cancers thyroïdiens (contre 0,4 attendus) sur la population de plus de 20 000 personnes. Ceci n'empêche pas un journal français d'écrire sur base de ces chiffres que l'on a trouvé à Seveso un taux supérieur à la normale de cancers rares, avec en gros titre : «Augmentation de cancers autour de Seveso».
A la conférence « Dioxin 92 » à Tampere en Finlande le professeur L. Needham du Service de Santé Publique d'Atlanta (US) a présenté les résultats de son étude sur l'accident de Seveso. Cette étude utilise les mêmes zones de référence A, B et R. Les seuls problèmes médicaux notés chez les humains étaient des cas de chloracné, surtout chez de jeunes enfants dans la zone A. Mais ces affections cutanées pourraient également être dues à d'autres produits chimiques émis lors de l'accident. L.Needham cite également les travaux du professeur Bertazzi de Milan qui n'ont pas pu mettre en évidence un nombre plus élevé de cas de cancer. Un effet assez inattendu a par contre été détecté dans la région de Seveso : le cancer du sein et de la matrice apparaît moins souvent. Lire à ce propos le 'UZ-Gezondeidsbrief de la K.U.Leuven publié en 1999 et que l'on peut obtenir gratuitement [b].
Ces travaux ont été confirmés par les travaux du professeur H.Rüdiger de Vienne. De 1977 à 1992, 15291 nouveaunés ont été examinés dans les zones contaminées A, B et R autour de Seveso. Aucun effet tératogène ou foetotoxique n'a pu être mis en évidence. Et pourtant la concentration de dioxines auxquelles certaines personnes de la population de Seveso avaient été exposées était 10.000 fois plus élevée que la concentration à laquelle la population générale est exposée. Ceci confirme des travaux antérieurs faits au Missouri et au Vietnam [22] dans des zones contaminées.
Récemment deux jeunes femmes ont accidentellement absorbé une dose très forte de dioxines. On a trouvé dans leur sang des valeurs 10 000 fois supérieures à la normale pour la dioxine TCDD. Elles ont souffert de chloracné dans les jours qui suivaient l'accident, mais d'aucune autre séquelle deux ans après.
Déjà en 1986 la revue Scientific American avait publié les travaux du professeur F. Tschirley. Dans la population de Seveso, ainsi que dans celle du Vietnam et de Suède accidentellement exposée à des herbicides contaminés, la mortalité n'était pas différente de la mortalité naturelle de la population générale. Aucun effet durable, aucun effet neurologique, aucune malformation congénitale ou défaut chromosomique n'avait pu être trouvé. Sur 15.291 enfants nés dans les années suivant l'accident de Seveso on n'a pas pu détecter un taux de malformations anormal.
L'absence d'impact de l'insecticide Agent Orange riche en dioxine sur la santé des soldats australiens engagés au Vietnam a été constatée par le rapport « Evatt » du Ministère de la Santé australien [23]. Vient d'être publiée également une étude américaine [24] qui confirme que les vétérans américains impliqués dans l'épandage de l'Agent Orange ne souffrent 25 années après d'aucune forme particulière de cancer. Bien plus, une étude complétée en 2000 montre que les soldats américains qui pendant 2-3 ans ont été en contact avec l'agent orange ont beaucoup moins de cancers de la peau[c] et que leurs enfants [25] avaient moins de malformations congénitales.
Dans un rapport de 1994, le Dr.Kl. Komorowski du ministère fédéral allemand de la recherche constate qu'à ce jour aucun risque de santé sérieux lié aux dioxines émises par les installations d'incinération de déchets n'a pu être mis en évidence. Ces données épidémiologiques contredisent les informations alarmistes publiées par les médias.
Les études faites sur des habitants de sites américains pollués (Times Beach, Love Canal...) n'ont pu mettre en évidence aucun impact de la dioxine sur la santé, bien que sol contienne des concentrations de 1000 ppb. V.Houk, responsable de la relocalisation forcée de milliers de personnes déclare en 1992 :
« Ce sont les expériences de l'EPA (Environmental Protection Agency) sur les animaux qui nous ont induit en erreur. Nous savons aujourd'hui que de saturer un rat pendant des années avec une substance chimique, de compter les tumeurs produites par ce mauvais traitement, puis d'extrapoler avec un facteur de sécurité de 1 000 000 sur les humains, n'a pas de sens scientifique. Des millions et de milliards de dollars ont été dépensés pour rien et pour confirmer une chose évidente pour toutes les substances chimiques : elles sont toxiques à très forte dose, mais pas à faible dose ».
Il y a eu rarement une substance chimique qui a été autant étudiée par les scientifiques que la dioxine. Une analyse coûte plus de 50 000 BEF [26] parce que les concentrations sont tellement faibles (de l'ordre du ppt). Et pourtant on n'a pas pu mettre en évidence chez les humains, ni cancer, ni malformation génitale, ni effet neurologique après 20 années de latence. Elle n'exerce pas non plus d'effet immunodépresseur sur les lymphocytes [27] ou autre affectation du système immunitaire. La dernière étude [28] qui vient d'être publiée porte sur 7 075 hommes et femmes qui entre 1946 et 1977 ont été soumis à des doses élevées de PCB et de dioxines à l'usine de General Electric à Hudson Falls. Aucun effet sur la santé n'a pu être mis en évidence.
Une étude récente vient d'essayer de résumer de manière statistique toutes les études faites à ce jour, à Seveso et ailleurs, et arrive à la conclusion [29] que pour la majorité des types de cancer la dioxine est plutôt un remède (blocker) qu'un promoteur !
Et les journaux américains de renchérir : « Dioxin Scare called Mistake (St-Louis-Post), Toxic Nightmares may be unpleasant Dreams (Chicago Tribune), Dioxin joins List of costly false Alarms (Los Angeles Times) ». Un journal français a titré à la même époque « La dioxine innocentée! [30]. Le nombre de cas de cancer de Seveso, s'il y en a, paraît insignifiant à côté des 70 000 cas de cancer par an dus au tabagisme et aux 40 000 cas de cancer dus à l'alcoolisme en France ».
Et pourtant on continue à vouloir enlever du sol, de l'air et de l'eau la dernière molécule de dioxine détectable. Les normes de l'US-EPA poussent la dose tolérée dans l'alimentation très loin : 0.006 par kilo et par jour. Au Canada voisin la dose tolérée est mille six cent soixante six fois fois plus élevée.
On peut également mettre en doute la norme américaine de 1 ppb de dioxines dans les sols, niveau à partir duquel les sols devraient être décontaminés, avec les coûts exorbitants que cela représente. Le Umweltbundesamt d'Allemagne propose 100 ppb [31]. ( Dans la zone A de Seveso on trouvait 580 ppb dans les sols). Le transfert des dioxines contenues dans le sol vers les plantes est extrêmement faible. Les dioxines sont en effet intimement aux particules de suie qui les ont amenées et ne sont guère biodisponibles [32].
Les normes d'émission pour les cheminées d'usine ou d'incinérateur sont également très sévères (0,1 ng/Nm