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Les aliments biologiques,
un luxe des pays riches ?

Comment Greenpeace a-t-elle pu chuter dans la situation où l'intégrité des plantes est plus importante que la souffrance de millions d'humains qui meurent de faim ?

Gregory Pence

La table n'est plus l'autel des succulences, un moment de partages et d'échanges mais un comptoir de pharmacie où l'on pèse soigneusement graisses et calories.

Pascal Bruckner

Les rendements agricoles ont fortement augmenté après la deuxième guerre mondiale et ont permis de nourrir une population mondiale en explosion, d'enrayer les famines et même de générer des excédents alimentaires dans beaucoup de pays. La production par hectare au cours du dernier siècle a augmenté plus vite que la population. L'augmentation exponentielle de la population mondiale en serait même une conséquence. (a)

En Europe de l'Ouest, les problèmes de famine appartiennent au passé, bien que la popula-tion soit passée de 190 à 325 millions en un siècle. A la fin du siècle dernier des centaines de milli-ers de personnes meurent de famine en Ecosse en Irlande. Et en 1920, ce sont des milliers d'Allemands qui sont victimes de la destruction des récoltes de pommes de terre par les mala-dies cryptogamiques. Aujourd'hui encore, plus du tiers des récoltes mondiales est détruit par les maladies et les ravageurs, par les sauterelles et les mauvaises herbes.

Mais les excès dans l'utilisation d'engrais et de pesticides ont conduit une large frange de la population à préférer ce que l'on appelle produits biologiques. En général, aux yeux de la population, rien ne vaut les produits naturels. Une étude réalisée par l'ECPA à Bruxelles montre que le nombre de fermiers 'biologiques' dans 7 pays de la communauté est passé de 3 420 en 1980 à 11 477 en 1992. La surface exploitée par ces fermiers ne représente cependant que 0,45 % des terres cultivées.

Mais le rendement moyen pour les produits biologiques et souvent de 50% inférieur à celui des fermes conventionnelles (et leur prix de 50% supérieur). Ceci est en grande partie dû au fait que les fermiers biologiques interdisent l'azote et les nitrates artificiels produits par l'industrie et ne veulent recourir qu'à l'azote biologique. La ferme biologique doit avoir en moyenne un tiers de sa surface en jachère ou l'utiliser pour produire des engrais 'verts' ou du fumier. Il en découle que les fermiers biologiques ont besoin du double de la superficie cultivée pour produire la même quantité d'aliments.

Actuellement 3% seulement de la surface de notre planète peuvent être utilisés pour la production de nourriture. Le reste est occupé par les océans, des étendues glacées, des déserts, des montagnes, des forêts, des villes et des routes. Pour nourrir la population mondiale actuelle par les méthodes de l'agriculture biologique, il faudrait. transformer en champs quelque 13 à 15 millions de km carrés de forêts ou de territoires non exploités et occupés par des animaux et des plantes sauvages, soit une surface équivalente à l'ensemble des Etats-Unis et du Mexique. Aussi étrange que cela paraisse, l'agriculture intensive et ses hauts rendements protègent donc les derniers refuges de la faune et flore sauvages de la charrue. La surface qu'elle exploite n'a pas augmenté. C'est là où les gens vivent dans une extrême pauvreté qu'ils défrichent et endommagent irrémédiablement la nature. Le bon sauvage dont rêvent les associations vertes était un prédateur et il était nomade parce qu'il devait chercher de nouveaux terrains de chasse, d'élevage et d'agriculture parce qu'il avait épuisé les ressources des terres où il vivait pendant quelques années.(b)

L'agriculture prend conscience de ses excès et de ce qu'un excédant de pesticides ou d'en-grais endommage le sol. Se développent des formes d'agriculture qui se situent entre l'extrême agro-industriel et l' extrême 'biologique'. Ne citons que la rotation des cultures d'une saison à l'autre, les cultures en rangées alternées, les cultures intégrées (1), le semis sans labour (c) sur couvert végétal qui a pris un essor considérable au Brésil et permet de réduire fortement l'érosion des sols (2).

On ne peut pas non plus passer sous silence le développement d'espèces plus résistantes, que ce soit par sélection naturelle comme cela se fait depuis des millénaires ou que ce soit par la technologie génétique. La sélection traditionnelle consistait à aller chercher dans des plantes apparentées des gènes supposés avantageux et que l'on introduisait par des croise-ments. Mais ceux-ci apportent dans la foulée d'autres caractères dont on ne sait pas grand-chose, comme par exemple une toxicité accrue pour des insectes. Le génie génétique égale-ment ne fait qu'utiliser ce qui existe dans la nature, mais il va chercher les gènes utiles non pas dans une plante apparentée, mais dans une bactérie, par exemple. La différence avec la sélection traditionnelle n'est donc pas très grande.

Le risque que les gènes se transfèrent à d'autres plantes est fort réduit et n'a pas pu être démontré scientifiquement à ce jour. Les espèces « artificielles » produites à des fins agricoles, que ce soit par croisement ou par modification génétique, ont généralement un temps de survie très court dans la nature. Elles n'ont que peu de chance dans la lutte avec les mauvai-ses herbes qui ont un potentiel génétique d'adaptation beaucoup plus grand.

Un risque beaucoup plus grand pour les espèces indigènes dans un pays déterminé est l'intro-duction d'espèces en provenance d'autres continents. Ne pensez qu'aux lapins qui prolifèrent en Australie, aux abeilles tueuses en Amérique et aux nénuphars américains qui polluent le fleuve Congo.

Ce qui en tout cas est incompréhensible c'est la lutte hystérique et farouche de certaines associations vertes contre les aliments génétiquement modifiés. Vouloir interdire la vente de poulets alimentés au soja modifié devient franchement obscurantiste et contraire à toute preuve scientifique lorsqu'on prétend que les gènes de ce soja pourraient causer des problèmes de santé chez les humains après leur passage à travers l'estomac des poulets. Il est certain qu'une certaine prudence s'impose comme c'est le cas pour toute nouvelle tech-nologie et que l'introduction dans nos régions d'espèces de mais qui augmentent encore plus les excédants alimentaires peut être critiquée, mais quand cette lutte contre les ali-ments génétiquement modifiés cause la perte de vies humaine elle devient amorale. Ainsi par exemple deux chercheurs allemands ont pu mettre au point au cours de la dernière décennie une variété de riz qui contient plus de vitamine A et de fer, substances qui man-quent cruellement dans l'alimentation de millions d'êtres humains. Deux millions d'enfants meurent chaque année à cause de ces carences. N'empêche ; Greenpeace est farouchement opposé à l'introduction, même gratuite, de cette variété de riz dans le sub-continent indien. Ou comme dit Bill Carmichael du Yorkshire Post: » Qu'importe pour le militant de Green-peace la mort d'enfants de couleur, tant que lui grignote son Müssli sans OGM, la cons-cience parfaitement en paix ».

La lutte de Greenpeace devient criminelle également lorsque l'organisation arrive à con-vaincre les présidents du Zimbabwe et de Zambie de refuser le mais offert gratuitement par les Etats-Unis pour nourrir les millions d'habitants de ces pays mourrant de faim.

Les positions des associations vertes sont assez contradictoires. Le livre de Rachel Carson en 1962 était un pamphlet contre les pesticides. La modification génétique des plantes a souvent comme but d'y introduire des gènes qui rendent inutile l'utilisation de pesticides. Alors pourquoi lutter contre cette modification génétique.

Michel Serres, philosophe et historien, qualifie « d'obscurantisme pur et dur la destruction des cultures d'OGM et l'attitude de refuser à priori le résultat d'expérimentations précisé-ment destinées à répondre aux inquiétudes ».

Un article récent publié dans la Weltwoche (3) suisse prétend que cette hystérie a été mise en scène par les grands producteurs eux-mêmes. Monsanto pour rendre plus difficile l'ac-cès du marché aux petits producteurs d'aliments génétiquement modifiés a convaincu la FDA américaine (Food and Drug Administration) d'imposer des tests longs, laborieux et coûteux avant l'approbation d'une nouvelle espèce. Et comme l'homme de la rue croit fa-cilement que les aliments pour lesquels on impose des contrôles stricts sont plus dangereux que les autres, le retour de flamme pour Monsanto était brûlant.

La Commission des Communautés Européennes (4) vient de publier le résumé de 81 pro-jets de recherche concernant des aliments génétiquement modifiés, projets qui ont coûté 70 millions d'Euro. Aucune étude n'a pu montrer un risque accru pour la santé. Bien au contraire ces aliments se révèlent plus hygiéniques et plus sains parce que leur mise sur le marché doit répondre à une surveillance très rigide.

Quant aux pesticides, il est vrai qu'après la seconde guerre mondiale le DDT était utilisé à des doses beaucoup trop élevées, mais aujourd'hui les résidus de pesticides dans les pro-duits de l'agriculture conventionnelle sont généralement bien en-dessous des seuils permis et leurs effets négatifs sur la santé se basent plutôt sur des rumeurs. Aucune étude épidé-miologique n'a peu confirmer des liens bien établis entre les pesticides artificiels et telle ou telle forme de cancer. Assez surprenant est même le résultat de plusieurs études qui trou-vent un taux de cancer inférieur à celui de la population normale pour les ouvriers travai-llant dans les usine fabriquant des pesticides, et même l'EPA a du reconnaître avait un effet retardateur sur le cancer des seins (5). Depuis qu'on utilise des pesticides synthétiques, le taux de cancer de l'estomac a diminué de 55% dans nos pays, sans doute parce que des fruits et des légumes d'excellente qualité sont disponibles en grande quantité (6).

Les pesticides dits « naturels » ne sont pas sans risque non plus. On soupçonne très fort la rotenone extraite de plantes tropicales d'être à l'origine de la fréquence beaucoup plus élevée de la maladie de Parkinson (d) chez les fermiers biologiques.

Mais les produits dits conventionnels et les produits biologiques présentent aujourd'hui des résidus de pesticides minimes, car la réglementation sur ces résidus est fort contraignante.

Ce qui menace nos aliments, ce ne sont pas les pesticides, mais les microbes et les moisis-sures. Le bulletin épidémiologique du Ministère de la Santé en France a recensé en 1998 près de 400 foyers d'infection et 9 000 personnes atteintes, depuis les infections bénignes telles que la grippe intestinale ou la crise de foie jusqu'au nombreux cas de salmonellose. D'après un rapport des Communautés européennes l'agriculture biologique peut comporter des risques plus élevés, en raison de la présence de mycotoxines, notamment l'aflatoxine (7). Selon le rapport du Archiv für Lebensmittelhygiene (1998/49/S42-45) les aliments biologiques sont souvent contaminés par les toxines du Fusarium A Munich on a trouvé jusqu'à 2.6 mg/kg de fumosinine dans du müsli biologique. Une enfant de 11 ans est tom-bée gravement malade.

Nous ne pouvons pas passer sous silence les 35 000 morts par jour dans le Tiers-Monde qui sont dus à des infections résultant de la non-utilisation de pesticides ou de désinfectants (malaria, cholera, diarrhée) qui sont un drame quand on les compare aux craintes diététi-ques des clients de boutiques bio. La FAO estime qu'un quart de la production mondiale de graines est infestée par des champignons qui produisent des agents cancérigènes extrême-ment puissants tels l'aflatoxine et la patuline. Rien qu'aux Etats-Unis chaque année 33 mil-lions de cas de maladie et 9 000 décès sont dus chaque année à des intoxications alimentai-res d'origine bactérienne. Le compost et le fumier utilisés en culture biologique contiennent de nombreux agents pathogènes ; les engrais chimiques n'en contiennent pas. De nombre-ux microorganismes, tels que le virus de l'hépatite B, ne sont pas détruits par les opéra-tions de compostage.

Etrange est également l'acceptation par l'agriculture biologique des fongicides et insectici-des à base de cuivre et de soufre utilisés par nos grand-pères, mais qui ne sont pas néces-sairement des produits anodins. Le foie de beaucoup de vignerons a souffert des épandages de sulfate de cuivre. Ces substances élémentaires ne se décomposent pas dans le sol. L'Uni-versité de Cornell a conclu récemment que le soufre utilisé dans l'agriculture biologique était la substance la plus dangereuse au point de vue environnemental parmi toutes celles utilisées en agriculture. Le sulfate de cuivre va d'ailleurs être interdit par la Commission des Communautés à partir de 2002. C'est un métal lourd qui s'accumule dans le sol.

Considérer les composts comme engrais idéal paraît également aberrant. Il y en a qui pen-sent, sans oser le dire à haute voix, que le compostage de déchets verts est un procédé d'accumulation des métaux lourds en circuit fermé. Les plantes extraient une certaine quantité de métaux lourds du sol, qui par le biais du compostage y retournent et s'accu-mulent à chaque cycle. Dans beaucoup de pays les fermiers refusent dès à présent l'épan-dage du compost, même si on le leur offre gratuitement.

Je me méfie des légumes de mon voisin qui a amoureusement contaminé son jardin avec le compost 'maison' enrichi en métaux lourds, en dioxines et en bactéries E-coli. La plupart des composts contiennent en effet de 3 à 4 fois plus de métaux lourds, de HAP et de dioxi-nes que ce qui est toléré pour les sols agricoles. Les déchets organiques des ménages sont des bouillons de culture et les composts non arrivés à maturité contiennent énormément de bactéries, de virus et d'endotoxines et présentent des risques réels pour les utilisateurs (8). Aux Etats-Unis 73.480 personnes ont été infectées en 1999 par des bactéries E.Coli (résidus de fumier) en provenance de légumes biologiques. Par contre aucun cas de maladie ou de décès dû aux OGM n'est connu.

Le compost, surtout celui en provenance de déchets de cuisine, contient beaucoup de chlo-rure de sodium et peut, en augmentant la salinité des sols, perturber l'absorption d'autres nutri-ments par les plantes, tels que le potassium (9). Un peu irresponsable dans l'état actuel de nos connaissances apparaît également l'épandage de composts et de boues de station d'épuration sur les sols agricoles et même les pâturages où les dioxines et les HAP sont di-rectement transférées dans le lait de vache. Les composts (10) et les boues de station d'épura-tion contiennent en moyenne 500 ppb de dioxines et 6 ppm de HAP (11).

L'idée que la nature serait plus bienveillante que les producteurs agro-alimentaires peut paraître absurde. Elle fait de nous des êtres mortels, nous donne des ouragans, des raz-de-marée, des inondations et des épidémies. La nature c'est le froid, la pluie, la sécheresse, les parasites. Si les pesticides qu'on utilise introduisent un risque cancérigène dans notre ali-mentation, ce risque est bien plus faible que celui qu'on prévient en combattant les parasi-tes de nos végétaux, tels que l'ergot du blé (Mutterkorn) conduisant au feu de Saint Antoi-ne et qui a tué des milliers de personnes au Moyen-Âge. La ciguë, la digitaline, l'opium, le curare sont des produits 100 % biologiques.

Le centre d'essais de l'Institut National de la consommation a récemment effectué des tests (12) sur divers aliments bio et trouvé des traces de patuline (une moisissure toxique) dans le jus de pomme, autant de dioxine en moyenne dans le lait bio que non bio, autant de ni-trates dans les salades bio que non bio. Le Bundesumweltministerium (13) trouve même plus de dioxines dans les poulets fermiers que dans les poulets 'industriels'.

Les tests faits à grande échelle par la revue Test-Achats en 2001 n'ont pas pu démontrer avec certitude que la nourriture biologique soit plus saine. La préférence des personnes ayant participé aux tests gustatifs allait souvent vers les aliments non-biologiques. La santé des enfants alimentés aux produits agricoles non-biologiques semble meilleure selon la Bundesanstalt Qualitätsforschung pflanzlicher Produkte (14). Les produits biologiques ne contiennent pas plus d'oligo-éléments, ni de vitamines, mais (e) moins de protéines. (15)

On réalise de plus en plus que les plantes produisent leurs propres insecticides (15) et un tas de substances toxiques pour se protéger contre les insectes, les champignons, les pré-dateurs. On a mis en évidence des milliers (16) de ces pesticides naturels, chlorés ou non, et on estime qu'un humain en consomme environ 1,5 g par jour, ce qui est 10.000 fois su-périeur à la consommation des produits organochlorés artificiels. La substance toxique des pommes de terre, la solanine, peut provoquer une dégénérescence neurologique. La sapo-nine des asperges est hémolytique Le miel sauvage peut être contaminé par des toxines endommageant le foie. Les légumes et les fruits de nos jardins contiennent depuis des siècles un tel cocktail de produits chimiques, d'insecticides, de nitrates et de toxines qu'ils ne passeraient jamais des tests de mise sur le marché, s'ils n'y étaient déjà. Pour des raisons difficiles à comprendre on a seul-ement étudié l'effet cancérigène et mutagène des pesticides artificiels.

Faut-il vraiment s'inquiéter ? Une enquête (18) faite en France sur 13 800 personnes pen-dant 8 ans et qui porte sur l'alimentation et les paramètres sanguins montre un tableau plutôt rassurant de la santé des Français au regard de la façon dont ils se nourrissent. Elle montre également la disparition de toute forme de carence au niveau de la population.

Pour garantir une alimentation saine, il faut surtout éviter :

  • les régimes de carence qui garantissent 'la ligne', mais garantissent aussi à long terme l'ostéoporose, les tassements vertébraux et les sciatiques des vieux jours,

  • la déstructuration des repas et la consommation permanente à l'américaine. Une boulimie qui conduit à une population de 30% d'obèses,

  • les gavages en vitamines et minéraux de toute sorte, dont on sait fort peu sur le court et encore moins sur le long terme,

  • une alimentation déséquilibrée, faite uniquement de Muesli.

Il y a évidemment plusieurs manières dans le monde d'accéder au métaboliquement correct : il y a l'équilibre français fait de foie gras, de cassoulet et de vin rouge. Il y a l'équilibre chinois riche en légumes, en riz et en poisson. Il y a l'équilibre sud-américain, riche en viande, et on vit très vieux au bord du Rio de la Plata.

Il faut bien comprendre qu'aucun aliment au monde ne contient les quantités optimales des nutriments nécessaires à la vie. Et même si les aliments biologiques peuvent avoir meilleur goût ils ne sont pas nécessairement plus nutritifs. Une conférence tenue récemment a ras-semblé des rapports provenant d'une douzaine de pays et comparant la valeur nutritive d'aliments biologiques et classiques. Aucune différence nutritionnelle significative n'a pu être trouvée. (19)

Reste évidemment le terrible déséquilibre entre le Nord et le Sud. Les pays développés produisent trop d'aliments en cette fin de siècle. Le signe le plus probant de cette surabon-dance est le prix des aliments qui a baissée de 30 % au cours des dix dernières années. La CEE chancelle sous des stocks énormes de céréales, des montagnes de beurre et des lacs d'huile d'olive. Dans les pays du Tiers-Monde la production alimentaire a également aug-menté, même en Ethiopie. Mais il reste beaucoup de régions où les gens vivent à la limite de la sous-nutrition. Leur parler de légumes 'biologiques'ou de l'interdiction complète de certains pesticides relève de l'insouciance (f). Ce prosélytisme frise l'insulte. C'est en effet dans beaucoup de cas condamner ces hommes et ces femmes à mourir immédiatement de faim, plutôt que d'encourir les risques pas toujours démontrés de certains d'aliments produits 'industriellement'. La lutte pour la pureté de la nature et des aliments ressemble trop à la lutte de la pureté de la race chez Heidegger, Nietzsche et Hitler.

Tant que ces inégalités existeront entre le Nord et le Sud, les carottes et les aubergines 'biologiques' resteront des produits de luxe pour les habitants de nos pays. Toutefois si l'engouement pour la production biologique l'emporte, le monde devra faire face à son véritable coût économique et écologique


Pierre Lutgen
Docteur en Sciences
Luxembourg

Notes:

a) En 1960 74 % de la population mondiale devait se satisfaire avec moins de 2000 kcal par jour. En 1990 6% seulement vivaient en dessous de ce seuil.
b) Le croissant fertile entre la Mésopotamie et le Liban qui a été à l'origine de nombreuses civilisations est aujourd'hui un désert. Et il a été désertifié par l'agriculture biologique intensive.
c) La charrue détruit plus de vers de terre et de nids d'oiseau que ne le font les pesticides, d'après des études faites au Canada.
d) H Gao et al., J.Neurosci., 22, 782, 2002.
e) Etude Afssa, La Recherche, septembre 2003, p.367.
f) Heureusement que certains pays sont insensibles à l'hystérie anti-OGM. En Argentine et au Brésil 120 millions d'hectares sont plantés avec du soya et en Chine 10 millions d'hectares avec du mais OGM.

REFERENCES

  1. Fédération des Meuniers luxembourgeois
  2. O.Hertel, Le Point, 1 octobre 1999.
  3. H.Miller, Die Weltwoche, 23, 7 Juni 2001.
  4. Weltwoche, 25.10.2001.
  5. ECPA, Plant Protection Conference, Amsterdam, 1995
  6. A Trewavas, Nature, 410, 409, 2001.
  7. Europa.eu.int/comm/agriculture/qual/organic/facts_fr.pdf
  8. E.Jager, Hygiene im Umfeld von Kompostierungsanlagen, Baeza Verlag, 1993.
  9. R.Nogales et al., Residuos, 3142,1996.
  10. G.Gelbert et al., Agribiol.Research, 45-1.77,1992.
  11. R.Leschner, Müll Abf., 2,9,1989.
  12. Marie-France, 162, juin 1999.
  13. Prof. Basler. Arbeitsgruppe Dioxine, 1993, 53048 Bonn.
  14. ISSN 0377-3205
  15. K.Woese et al., J.Sci.Food. Agricol., 74, 281, 1997.
  16. B.C.Ames, J.of AOAC Internat. 75,1,1992.
  17. G.Gribble et al., A.Survey J.Nat.Prod., 10, 1353, 1992.
  18. SU.VI.MAX, Science et Vie, 20, Septembre 1999.
  19. R.Montaigne, Chemistry and Industry, 1014, December 1997.



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